• La bataille de France – Partie 2 : 8 juin 1940 – capturés

    Ce billet fait suite au premier extrait du journal de mon père relatant les événements qu’il a vécu lors de la bataille de France : les forces allemandes envahissent la France en passant par le Nord; la Belgique a déjà capitulé, et Dunkerque est tombé : la résistance de la poche de Dunkerque a permis d’évacuer les forces alliées vers l’Angleterre.

     

     

    « Dans la nuit du 7 au 8 [ juin ] nous subissons le bombardement d’artillerie, on entend les feux d’infanterie qui se rapprochent et toujours des unités refluent en désordre et dissoutes.

    Préparation morale bien pénible pour mes jeunes qui sont dans leur trou. Au loin des villages flambent : spectacle désolant de notre sol dévasté à nouveau. Le 8 [Juin toujours] au matin nous recevons l’ordre de nous replier ver La Folie. Nous sommes survolés par l’aviation ennemie. Un avion de reconnaissance nous suit continuellement comme une mouche nous harcelant pendant les chaudes journées d’été.

    Nous sommes en marche depuis une heure lorsque nous recevons l’ordre de réoccuper nos position. Instant tragique où nous recevons l’ordre de nous faire tuer sur place pour protéger le repli de la division. Courageusement mes petits soldats ont repris leurs positions. J’ai pour ma part le coeur étreint en pensant au sacrifice que je leur ai demandé et qu’ils ont accepté courageusement. Pour moi j’ai envoyé mes dernières pensées à ma chère femme et à mes parents. Je me suis mis en règle avec Dieu en lui demandant pardon des fautes que j’ai commise et j’attends les décrets de la providence divine.

    Depuis que nous sommes réinstallés sur nos positons les éléments de la division continuent à refluer j’oserai dire en désordre. Des mitrailleuses sont abandonnées près du calvaire de Bonneuil. Le Christ semble regarder du haut de sa croix avec tristesse la France qui a perdu confiance et courage. Vers 10 heures il ne repasse plus d’éléments amis sauf quelques blessés et quelques égarés. Dans les trous mes bons petits soldats attendent l’oeil rivé sur le village d’où l’ennemi apparaîtra. Nous savons que depuis 10 heures 30 la Cie de notre droite est au contact avec l’ennemi et que déjà nos 25 ont mis en flammes quelques AM. Nous attendons les coups d’infanterie qui se rapprochent et sur notre droite et notre gauche notre PA est contourné. Je vois à la jumelle les AM et les chars ennemis qui nous dépassent . Notre situation semble désespérée. A 11 heures 15 le chef de Btn arrive et nous donne l’ordre de nous replier alors que les éléments ennemis apparaissent à quelques mètre de nous. Je fais décrocher ma section le dernier de la Cie. Je quitte la position dans le feu des éléments motorisé ennemis. Des balles s’écrasent au sol entre L… et moi. Il s’agit de gagner le bois proche de quelques centaines de mètres sous les feux de l’infanterie ennemie? A ce moment le tir d’artillerie s’allonge et vient battre les lisières du bois et la la route où se trouvent deux sections.

    Nous atteignons le bois et retrouvons là des éléments épars du 20 RI qui a lâché pied devant nous. Nous allons essayer de gagner Hardivillers où nous pourrons regrouper notre unité. Le bois où nous marchons est constamment battu par l’artillerie nous atteignons sa lisière extrême. Devant nous, une plaine et une route. De l’autre coté, quelques champs et un bois. Il faut gagner ce bois. D’un bond nous gagnons la route. Au moment où nous la franchissons, des éléments motorisé ennemis ouvrent le feu sur nous. Je fais tirer mes FM et gagne le bois sans perte. Sur la Cie il reste avec L… et moi, ma section et la Son [ section ] de mitrse [ mitrailleuse ], avec H…..

    Nous sommes harassés de fatigue et trouvons dans les bois un civil qui fuit son village en flammes. Il connaît très bien le pays et s’offre de nous conduire la nuit en direction du sud où nous pourrons rejoindre les éléments français. Nous décidons de nous reposer jusqu’à la nuit dans ce petit bois et de repartir à la nuit. Nous mourrons de soif. Nous allons faire un tour dans le bois et trouvons une charrette d’évacués abandonnée. Une investigation nous amène à découvrir un sac contenant un gros pain, un aussi imposant morceau de porc froid et fait inespéré 8 bouteilles de vin cacheté, une de cognac et 1 d’eau de vie. Nous buvons un large coup et décidons de garder une bouteille pour plus tard. Je mange un peu. Nous nous sentons réconfortés. Tout à coup des cris en allemand et des commandements. Malchance inouïe. Une compagnie de char a choisi notre bois pour y installer ses engins.

    Nous décidons de fuir l’ennemi qui est là à quelques mètres de nous. Nous réveillons nos hommes et sans bruit nous partons.

    Mais autre malchance deux ou trois de nos hommes trop enfoncés dans les bois n’ont pu être réveillés. Nous gagnons un autre bois et de sa lisière nous voyons des éléments motorisés ennemis qui sans arrêt filent vers le sud.

    Notre situation semble de plus en plus compromise.

    Pendant ce temps les hommes laissés dans le bois se sont réveillés et nous ont appelé à grands cris. Il sont tombés aux mains des allemands qui cernent le bois pour saisir le reste de la Cie. Tout à coup des allemands débouchent de partout, il faut à nouveau fuir sous les coups de feu qui éclatent à nos oreilles. L’ennemi nous tire à bout portant, les balles sifflent sans arrêt à nos oreilles. J’ai beaucoup de peine en évoquant ces minutes tragiques où tant de nos soldats tombèrent. Un de mes tireurs E… est cruellement blessé près de moi. J’ai appris plus tard que c’était aux parties génitales. R… s’effondre près de moi blessé au ventre. Mon fidèle ordonnance C… est blessé au bras. Un grand mitrailleur blond et jovial s’abat frappé d’une balle en pleine tête. Je rends encore grâce au ciel de m’avoir protégé alors que la mort bourdonnait à mes oreilles. Encore une fois merci mon Dieu.

    Quand je suis un peu éloigné du feu ennemi, je fais tirer mes hommes sur l’ennemi qui contraint de cesser son tir nous permet d’atteindre un petit bosquet. Après quelques minutes de marche nous approchons de la route. Nous apercevons au loin une barricade et des hommes auprès. Si ce sont des français, nous sommes sauvés. A ce moment nous sommes interpellés dans notre langue par les défenseurs de la barricade, nous sommes sauvés. Un dernier doute nous fait regarder ceux qui nous appellent fraternellement. Malédiction ce sont des allemands.

    Nous obliquons vers la droite. Des coups de feu éclatent de tous cotés. Deux de mes hommes tombent et parmi eux mon meilleur caporal : D…. : l’être le meilleur et le plus doux qu’une mère et une fiancée pleureront là bas au loin dans le centre de la France qu’il ne reverra plus. Je me couche sous les rafales. Lorsque je veux repartir, c’est impossible l’ennemi nous entoure de partout. Je suis prisonnier. Dire la détresse et la peine qui m’ont saisi alors est inexprimable. Mon coeur de soldat et de Français souffre de cette captivité et cette douleur restera une des plus violentes de ma vie. »

     

     

    Il faut noter que les forces alliées étaient de taille à résister à la percée allemande, et que les combats furent rudes : l’armée française perdra environ 100 000 hommes, et l’armée allemande  40 000. Les causes de cette défaite reposent d’avantage sur un commandement des forces alliées dépassé par les événements, et le recours à une stratégie défensive obsolète dérivée des conflits précédents.

    [ à suivre ]


    3 responses to “La bataille de France – Partie 2 : 8 juin 1940 – capturés”


    • Olivier

      Bonsoir.
      Maud m’a parlé du blog.
      Je ne savais pas que votre père avait tenu un journal pendant la guerre. Autrement, je vous l’aurais emprunté.
      A bientôt.
      Olivier

    • Bonjour
      Bonsoir

      Notre groupe d’historiens de la Seconde Guerre Mondiale rassemble, morceaux, copeaux et même sciure… concernant cette période dans le département de l’Oise. Nous serions très heureux d’accueillir votre texte.

      Merci de me contacter

      Marc Pilot


    • nicole Rocher

      je cherche des témoignages sur les batailles du 9-6-40 au 25-6-40, de l’Oise à la Loire et à la Vienne.merci de m’aider


     Leave a reply